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Sunday, February 6th 2011, 12:23pm

1855: Dobrogea - viewed by Camille Allard

La Bulgarie Orientale
ouvrage orne de 7 gravures et de 2 cartes. Suivie d'une notice sur le Danube par J. Michel et de L'explication des inscriptions par Leon Renier

Author: Camille Allard, Jules Michel, Leon Renier (1809-1885)
Published: Paris, Le Clere et Dillet, 1864

Quoted from "Bulgarie..."

Coup d'oeil géographique (de la Bulgarie)

Etendue en amphithéatre sur le penchant septentrional des Balkans, la Bulgaria a de l‘est a l’ouest 530 kilometres de largeur, et 120 du nord au sud; elle occupe tout l'emplacement de l’ancienne Moesie inférieure, et a pour limites le Danube au nord, au sud les Balkans; a l’est Ia mer Noire et a l’Ouest la Servie. Cette region de Ia Turquie d’Europe comprend des parties tres-diflérentes, quant a l’aspect géographique. La region occidentale, les pays de Routchouk et cle Widdin, ont été visités et décrits par des voyageurs célebres; je ne m’en occuperai pas. Je n’ai pas eu, d’ailleurs, I’occasion d'explorer cette partie la plus riche et la mieux connue de la Bulgarie.

La région orientale peut se diviser d'’une maniere générale en quatre ou cinq regions, distiuctes entre elles par la configuration du sol. C`est d'abord ce que j’appellerai le bassin du Pravadi, de Chumla a Varna. Couverte de riches cultures étagées sur le versant oriental des Balkans ou étendues sur de bellies plaines sillonnées de jolis cours d`eau irrigateurs, cette région est la plus riche de la Bulgarie.

La population agricole est presque exclusivement bulgare. Ce bassin est limité a l’est par un pays montagneux, extrememeut boisé, auquel les Turcs ont donné le nom de Deli-Ourman, c’est a dire foret folle, sans limites, qui jette ses bras partout. Le Deli-Ourman commence aux portes de Silistrie et s’étend par Bazardjik jusqu'a Baltchik et Varna; a l’ouest il s'étend presque jusqu’aux portes de Churnla. ll est limité a l'est par les steppes de la Dobroudcha. La population du Deli-Ourman renferme beaucoup de Bulgares mahométans.

La Dobrodja ou Dobroudcha, qui s'etend du Deli-Ourman aux montagnes
de Babadag, est le pays des steppes, Ia region ou il n`y a pas d'arbres; c'est une suite de plateaux ondulés, séparés par des vallées. peu profondes, et qui se termine par de hautes plaines ordinairement taillées a pic sur les rives du Danube et sur celles de la mer Noire. Peut-étre pourrait-on trouver l'étymolegie du nom de la Dobroudcha dans le mot slave dobro, bon. La Dobroudcha est, pour les Turcs, le bon pays, celui ou la terre, n’appartenant a personne, peut etre occupée et exploitée par le premier venu.

C`est une immense et fertile prairie presque entiérement déserte, habitée surtout par des Tatars pasteurs et par des Valaques, sur les rives danubiennes. La population bulgare y est peu nombreuse, a moins qu‘on ne considere comme telle une partie de la popuiation turque, formée surtout des descendants d’anciens Bulgares renégats.

La presqu'ile danubienne est limitée par une region montagneuse, couverte en partie de foréts, dotée de belles sources et de ruisseaux, et qui s`étend depuis les Bech-T'épé de Babadag jusqu‘aux embouchures du fleuve. Ce pays est eu grande partie habité par des Cosaques, émigrés a la suite des persécutions de Ia prétendue orthodoxie des czars.

Au point de vue politique et administratif, toute Ia Bulgarie depend du pacha-mouchir de Routchouk, qui a sous ses ordres les pachas mirmirans de Silistrie, de Chumla et de Varna. Les renseignements me manquent sur les pachaliks de Silistrie et de Chumla. Depuis Varna jusqu’aux bouches, le pays comprend les kazas (districts) de Bazardjik, Baltchik, Mangalia, Kustendjé, Hirsova, Matchin, Izaktcha, Toultcha et Babadag; les mudirs de Kustendjé, Mangalia, Baltchik et Bazardjik relevent du mirmiran de Varna; ceux de Babadag, lsaktcha, Matchin et Hirsova, du caimacan de Toultcha.

Le kaza de Kustendjé forme a peu pres toute la Dobroudcha turque. Il n’y avait en 1856 dans ce district, que trente-trois villages habités; dix-neuf de ces villages sont tures, neuf sont tatars et cinq valaques; ce sont:

Turcs:
1. Kustendjé, chef-lieu.
2. Anadolkeui, 3 kil. nord-ouest de Kustendjé
3. Pallas, 7 kil. nord.
4. Lasmalési, 8 kil. sud-sud-ouest.
5. Tekirgueul, 12 kil. sud-sud-ouest.
6. Asidoluc, 10 kil. sud-ouest.
7. Mohamedjé, 18 kil. par Asidoluc.
8. Asandjé, 14 kil. ouest.
9. Mourvaltar (nouveau), 24 kil. par Asandjé.
10. Kubadin, 40 kil. par Asandjé.
11. Kocardja, 50 kil. par Asandjé.
12. Jenidja, 36 kil. par Asandjé.
13. Burandia, 60 kit. par Asandjé.
14. Adamkelisse, 62 kil. par Asandjé.
15. Yousoufanlar, 58 k. parAsandjé.
16. Multchava, 60 kil. par Asandjé.
17. Talismane, 66 kil. par Asandjé.
18. Bulutchu, 66 kil. parAsandjé.
19. Arabadji, 63 ki'}. par Asandjé.

Tatars:
1. Nadartcha, 18 kil. nord—ouest.
2. Macapou, 18 kil. ouest.
3. Omourtcha, 18 kil. par Asandjé.
4. Hendek-Karakeui, 28 kil. par Asandjé.
5. Mahmoudkeui, 28 k. par Asandjé.
6. Idris, 30 kil. par Asandjé.
7. Karabaki, 30 kil. par Asandjé.
8. Eski-Bulbu], 27 kil. par Asandjé.
9. Ieni-Bulbul, 32 kil. par Asandjé.

Valaques:
1. Rassova, sur Ie Danube, 63 kil. de Kustendjé.
2. Ieni-keui, sur le Danube, 6 kil. sous Rassova.
3. Tchemavoda, sur le Danube, 21 kil. sous Rassove, 60 kil. de Kustendjé.
4. Kutchuk-Simen, sur le Danube, 21 kil. sous Rassova.
5. Bouyouk·Simen, sur Ie Danube, 26 kil. sous Rassova.

Les Tatars, regis par leurs kans particuliers, habitent surtout l'intérieur de la Dobroudcha. Les villages turcs sont généralément placés pres des rivers de le mer Noire. La population valaque des rives du Danube est peu nombreuse: il nous e été impossible d’avoir aucune donuée positive sur le chiffre de le population.

Le plupart de ces villages sont en ruine. L’ancienne ville de Kara-Sou sort a peine de ses ruines. Rassova et Kustendjé, it peu pres deserts au moment de notre séjour, reviennent a la vie depuis cette époque. Ces contrées peu connues méritent toute l'attention du voyageur et du géographe. Loin des routes suivies Ie plus ordinairement, la partie orientele de la Bulgarie n’a recu que de rares visites, et il n’a presque rien été écrit sur elle. Ce que je disais (1) de l’importance geographique de la Dobroudcha, il ya six ans, a été sanctionné par les événements. Une compagnie anglaise vient d’ouvrir un chemin de fer entre Tchernavoda et Kustendjé, et les vastes et fertiles prairies de la presqu'ile danubienne vont étre exploitées. Le pays de Babadeg et le Deli-Ourman ne recélent pas de moindres richesses naturelles, qui, rendues un jour a leurs anciens possesseurs chrétiens, pourront assurer l'avenir politique d’un nouvel Etat.

(1) Union medicale 1857 et Correspondant 1858

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Sunday, February 6th 2011, 1:39pm

Dobrogea, 1855 - viewed by Camille Allard, part #2

Quoted from "Bulgarie..."

Ce qui manque surtout a toute cette partie de l’Orient, ce sont les routes: l'absence ou l`irrégularite des voies de communication dans l’intérieur de la Turquie rappela a notre armée les difficultés sans-nombre dont se hérissait a cheque pas pour elle le sol de l`Algérie. Un caillou suffit pour dévier le chemin turc, comme le sentier arabe; la moindre pluie, pour le submerger dans les vallées.

Le sultan Mahmoud Iui-meme, lorsqu`il se rendit sur les rives du Danube, dut se diriger a travers champs de Constantinople a Silistrie, et le trace de son passage serait complétement perdu, si Ia tradition et quelques pierres commémoratives, éparses et en partie renversées, n’en conservaient un semblant de souvenir. ll est facile de s’imaginer quelles déptorables oonséquences entraine pour la Turquie un pareil état de choses; et toute l'urgence qu'il a pour elle de le faire cesser. A la France était réservée la tache glorieuse de tracer la prmiére route réguliere dans cette partie de l`Orient. C'est en 1855 que M. Léon Lalanne fut chargé de cette importante mission (1).

Le savant ingenieur en chef francais eut l’honneur d’une initiative qui ne devait pas rester sterile pour la terre fecondee par ses travaux. Il est entre le premier dans une voie ou n’ont pas tarde a le suivre les efforts du peuple colonisateur par excellence. Une locomotive anglaise jette en ce moment sa fumee sur les steppes etonnes. Mais le chemin de fer actuel n’est surtout utile qu’au transit des marchandises; a une lieue de son trace le desert reprend ses droits.

Nous laissons a penser quel genre de communication les villages ont entre eux. Durant l’éte les transports peuvent encore se faire, parce qu’il est inditferent de passer a cote de la voie, ce qui se fait ordinairement; mais au degel et pendant les pluies de la fin de l’hiver, tous les chemins peuvent etre regardes comme impraticables pour les transports. Dans le massif de Babadag pourtant, les routes ne sont plus de simples traces d'arabas (chars traines par des boeufs); il y a sur les fosses des morceaux de bois (en mauvais etat), et souvent les pentes des collines ont ete adoucies par des déblais; la route suit quelquefois la voie romaine.

Sur cette ligne, presque partout la pierre est sur place, ce qui n’est pas d'ailleurs une raison pour que les routes soient entretenues. Comme dans toutes les constructions en Turquie, le temps, dont aucun effort humain ne vient jamais combattre les ravages, ne tarde pas a effacer tout trace de route, partout ou celui-ci n’est pas creuse en déblais profonds. Qu'adviendra-t-il de la route francaise dans les steppes ? que deviendra la levee en terre que suit la voie le long du Danube quand les eaux du fleuve viendront la battre?

Nous doutons fort que Mahomet les garde. La direction la plus suivie dans cette partie de la Bulgarie est la route de Varna a Silistrie par Chumla, dite du sultan Mahmoud. Nous en ferons la description en racontant le voyage fait par nous a travers le Deli-Ourman. Les autres voies les plus importantes, celles qui traversent la partie la plus orientale du pays, sont la route de Varna a Kustendje, la route francaise de Kustendjé a Rassova et la route des bouches de Kustendjé a Toultcha. Nous décrirons le pays en suivant ces diverses directions.

Avec le defaut de routes le manque d’eau est ce dont le voyageur a le plus a souffrir dans la Bulgarie orientale, et surtout dans sa partie centrale, la Dobrodja. Les lacs y sont nombreux, il est vrai, comme nous le verrons; mais on ne les rencontre qu'aux extrémités du plateau élevé de 60 a 80 metres au-dessus du niveau de Ia mer et du Danube qui constitue la Dobrodja. Au milieu d'une série de lacs qui s`étend sur la rive maritime de Mangalia aux bouches du Danube, en ne rencontre que deux lacs d’eau douce, a l'un desquels, probablement par admiration, les Turcs ont donné le nom de lac de lait.

Sur les rives du Danube le plateau se brise en failles profondes, qui formant les lacs de Mareland, d’Oltina, de Rassova, d'Ieni-Keui et de Kara-Sou. Des vallées font suite a ces lacs et s’étendant entre deux falaiaes, qui s’élevent successiavement depuis le niveau du Danube jusqu’au sommet du plateau. Ces vallées sont tres-marécageuses au moment des basees eaux du Danube, dont la dilférence de niveau peut, dans le courant de l`année, varier de six metres. Attirés par le besoin d'eau pour leurs bestiaux, les miserables habitants de ces régions sont forces de braver l’atmoaphére dangereuse des vallées danubiennes. Le lac Kara-Sou, le plus grand de cette region, a une longueur de pres de 48 kilometres, de sorte que l'isthme qui sépare le lac de la mer est réduit a une largeur de moins de 30 kilometres; c’est ce qui a donné lieu a l’erreur qui a pu faire prendre le lac pour un ancien bras du Danube. ll eut été, en effet, d’un immense intérét de creuser un canal qui eut permis aux navires d`éviter l’immense detour de Rassova a Soulina; mais ce travail couterait une dépense incalculable, et cela ne doit pas étonner si l’on considére que le lac Kara-Sou, sur presque la moitié de toute son étendue, n’a pas de fond, puisqu'il est a sec en été, et que le plateau qui sépare le lac de la mer a une pente de 50 metres de la cote vers le Danube. Cette observation suffit, en outre, pour montrer l'erreur des geographes, qui out prétendu que le fleuve avait autrefois suivi cette direction.

Allard, medecin sanitaire, Aninoschano, topographe valaque, furent successivemeut attaches, sous sa direction, au service de la mission. L`auteur de ce recit ne veut nullement sc faire l‘historiographe de la mission danubienne: aussi restera-t-il completement étranger a tout ce qui la regarde; mais, ne s‘étant presque jamais trouve isolé de ses compagnons de voyage, il n‘aura que tres-rarement l'occasion de parler au singulier.

(1) La mission dans la region danubienne, qui a eu pour conséquence l'ouverture d'une route entre Rassova er Kustendjé, avait été confiée, par MM. les ministers des travaux publics et de Ia guerre, a M.L. Lalanne, ingénieur en chef des ponts et chaussées. Sur la demande de M. Lalanne; MM. Michel, ingénieur ordinaire, Louvel et Bienfait oonducteurs des ponts et chaussées

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Sunday, February 6th 2011, 3:09pm

La Dobrogea, viewed by Camille Allard, 1855, part #3

Quoted from "Bulgarie..."

La Dobrodja

D`apres M. l`intendant Blondeau, qui a habité avec nous la Dobrodja et a l'obligeance de qui je dois une grande partie des renseignements que je n`ai pas pu prendre moi-meme sur les lieux, 150 kilometres separent Varna de Kustendjé, l’ancien Odessus de l`antique Tomis. Dans la direction suivie par l’armée francaise dans l`expédition de 1854, en sortant des portes de Varna, on traverse de magnitiques jardins, de riches vignobles, jusqu`an Tekié, ancien monastere situé an milieu des bois, sur une chaine de collines qui forme la limite des foréts du Deli-Ourman sur la mer Noire. Le Tekié de Varna est un lieu remarquable par son aspect pittoresque. La petite montagne qui porte son nom forme le cap de Kalakria, au sud duquel est située la petite ville de Baltchik, a 30 kilometres de Varna.

Ce point habité a été rendu célébre par L'hospitalité qu`il a offerte a la flotte francaise durant la guerre d’Orient. Le mouillage est loin d’en étre irréprochable, mais c’est un des meilleurs de cette cote. L’abondance des sources d’eau douce, qui avait fait donner a Baltchik dans l`antiquité le nom de Kruni, rend surtout cette station précieuse aux marins. Bien n’est miserable ni aussi bizarre que l`aspect de Baltchik, dont les masures en ruine sont groupées sur un plateau dominé par les falaises. La plage trop étroite permettra difficilement au commerce d’y établir ses magasins.

En quittanl Baltchik, on peut se diriger vers Kustendjé par Bazardjik, ancienne ville turque, ruinee de fond en comble par les Russes en 1829, et qui ne présente aucunes ressources. Situe au centre du pays, Bazardjik est a 96 kilometres de Kustendjé. On préfere ordinairement suivre le bord de la mer par Mangalia. Quelle que soit d’ailleurs la voie suivie, en quittant les collines du Tekié et de Baltchik, on entre dans les steppes; c’est la Dobroudcha, immense prairie de soixante kilometres de largeur sur plus de cent vingt de longueur. Cette region a du produire autrefois beaucoup de céréales: car on voit partout les traces d’anciennes cultures, dont les fruits se ressement sur place tous les ans. Aujourrd‘hui quelques sureaux et rarement un arbre fruitier
dans les villages sont les seuls arbres que l'on y rencontre; partout ailleurs les cavaliers disparaissent presque au milieu des foins d`une élévation inconnue a l`Occident. La fertilité y est telle, que l`armée francaise a pu tirer, en 1855, cent mille quintaux de foin dans un carré de 10 kilometres de coté. De mars é novembre, les troupeaux des indigénes vivent sur ces plateaux; la quantité relativement minime de fourrages nécessaire aux bestiaux durant les quatre mois d’hiver se récolte a la fin de juin; les habitants ne fauchent que ce dont ils ont besoin pour la consommation des bestiaux; le reste des foins se desseche sur place, et vers le commencement d`aout commencent a éclater d‘immenses incendies, qui ne s`arrétent que faute d`aliment.

Un mois apres notre arrivée dans le Dobroudchu, un soir que nous campions a Kara-Keui, petit village tatar de l'intérieur, tout l`horizon du cote de l’orient s’illumina, et une fumée épaisse et noire s’éleva des rives enflammées du lac Kara-Sou. Rien ne saurait donner l’idée de ces incendies, que la foudre, une étincelle de tchibouk, un feu de bivouac, allument un jour, et qui durent des mois en s’étendent sur plus de quarante lieués carrées. Nous avons vu ainsi le feu allumé au commencement du mois d’aout sur les rives du Danube, arriver un mois apres sur les falaises de Kustendjé, brulant tout sur son chemin.

L’intendar1ce francaise perdit un jour ainsi trois cents meules de foin préparés dans les steppes. L`aspect du pays change complétement apres l'incendie: le feu découvre alors les pierres tumulaires, les ruines au niveau du sol, les squelettes d’animaux dont la terre est couverte en certains endroits, et trace mille chemins fantastiques selon que le vent a poussé la flamme dans telle ou telle direction. Mais la vegetation ne tarde pas a se réveiller, et le tapis qui couvre la terre passe par toutes les nuances possibles, depuis le noir le plus foncé jusqu’au vert le plus tendre.

On voit souvent au milieu des steppes des empreintes de pas et de roues sc croiser dans tous les sens. Chacun a sa guise y trace sa voie; c`est la une difticulté de tous les instants pour le voyageur, qui, trop confiant dans le souvenir d`une premiere excursion, croit pouvoir se passer de guide dans une directien qu’il a deja suivie. Plusierus d’entre nous s'égarerent ainsi entre Rasseva et Kustendjé. Les relations entre les petits centres de populatinn sont presque nulles; aussi u’y a-t-il point de véritables routes qui traversent le pays. ll est difficile de peindre la majesté de ces plaines solitaires, dont les tumuli et de tres-rares villages ne viennent que de loin en loin rompre la monotonie grandiose. Seuls, des chardons d’une taille gigantesque et les hautes tiges de la grande angéligue s'élevent au printemps, comme des arbustes, au-dessus de la prairie. Le voyegeur a cheval est souvent tiré de la reverie dans laquelle jette le spectacle du desert, par la rencontre de ces plantes dont les sommets épineux ou les ombelles viennent brusquement fouetter son visage.

Partout ou l’homme a passe, laissant des ruines derriere lui sur le sol de la Dobroudcha, l'herbe recouvre bientot les derniers vestiges d’habitation, qui dépassent a peine le niveau du sol, et qui resteraient Ie plus souvent inapercus, si les hautes touffes die la grande angélique ne vanaient, comme les sentinelles de la mort, en réveler l'existence. L’odeur fétide et pénétrante de ces plantes semble ajouter quelque chose de plus funebre encore aux souvenirs qu`elles rappellent. Sans les taches noires que forment, des le mois de juillet, sur le sol leurs tiges desséchées, on pourrait croire, en traversant cette immense prairie, que l'homme n’y a pas laissé plus de traces que les troupeaux qui la parcourent. Mais en appgrochant de ces points marqués, on ne tarde pas a découvrir les fondations des murs, les silos dans lesquels on gardait les grains, et les puits abandonnés que doivent redouter les voyageurs. L'accumulation d’anciens détritus d’animaux peut seule expliquer cette constante affection de la grande angelique pour les ruines. On ne tire aucun parti de cette plante; nos chevaux s`arretaient volontiers pour en arracher les sommités. Avec les chardons desseches, elles furent souvent nos seuls combustibles dans nos campements.

Le gibier foisonne dans les steppes, malgre les incendies des foins, les Ioups et les oiseaux de proie. Les lievres et les perdrix ne sont jamais troubles par le chasseur: nous avons, dans nos excursions, fait des chasses e faire mourir d’envie tous les Nemrods d`Occident. Les lacs sont couverts d’oiseaux aquatiques, au milieu desquels le cygne et le pelican semblent regner.

Mangalia, l’ancienne Callatis, est a 105 kilometres de Varna. C’est un grand village turc bati sur les bords de Ia mer et sur les rives du lac du meme nom, qui débouche dans la mer au sud. A partir de ce point, on suit les rives d`une serie de lacs sales formes par la mer, partout ou les falaises font place a des depressions de terrain. On rencontre ainsi, apres le lac precedent, le lac de Tadlidjak, e 120 kilometres de Varna et a 30 kilometres de Kustendje; le lac de Touzla, a 18 kilometres, d`ou l'on tire du sel; on passe ensuite entre le grand et le petit lac de Tekir-gueul, et apres avoir cotoye un instant le petit lac de Lasmalési, a 8 kilometres de Kustendjé, on arrive at cette ville.

Il n'y a pas de cours d’eau sur le plateau de la Dobroudcha. Ceux que l'on y remarque ne sont que des déversoirs des lacs, du reste, toujours tres-courts. Les fontaines, en général rapprochées des cotes, sont assez nombreuses. Les plus remarquables sont: celles d’Asidoluck, au nombre de deux, at 10 kilometres S.-O. de Kustendjé; la fontaine Pallas, a 5 kilometres nord; la grande source de Kanara, a 10 kilometres nord-ouest, qui fait mouvoir un moulin; les trois fontaines de Kergalik, a 30 kilometres nord de Kustendje, et a i2 kilometres est de l`échelle de Kara-Herman.

Les puits sont nombreux dans chaque village; ils sont le plus souveut garnis d`auges pour abreuver les bestiaux et de seaux. Il est pourtant imprudent de s’engager dans le pays sans ce dernier ustensile. Sur les routes et sur les emplacements des villages ruinés il y a bon nombre de puits isolés, que le défault de margelle pourrait rendre daugereux, surtout la nuit. La profondeur des puits est extrémement variable, suivant la hauteur des lieux et celle des nappes d’eau qui les alimeutent. Notre savant compagnon, M. l'intendant Blondeau, a mesure un metre de profondeur a Asidoluk, deux metres a Tekir-gueul, quinze metres sur le plateau de Kustendje.

Le puits le plus profond est celui que M. Lalanne a fait creuser sur la route de Rassova a Kustendjé, non loin du haut plateau de Kara-Keui, et qui a trente-cinq metres de profondeur. Deux autres puits ont éte creuses encore, l’un sur le plateau de Kustendje et l’autre dans la Vallee d’Ivernes. L’eau est genéralement saumatre, mais peut pourtant se boire. Les rares puits qui fournissent une eau de bonne qualite paraissent etre alimentés par des sources.

A Kustendjé, l'eau est d’une saveur tres desagreable. Elle cuit difficilement les legumes, et, du reste, la presence de cristaux de gypse dans les environs, et l’odeur sulfureuse que dégage cette eau au contact des matieres organiques en decomposition, indiquent assez la presence d‘une quantite notable de sulfate de chaux. Le puits de Kustendje, qui fournissait de l’eau aux habitants, est place sur la plage, a un niveau pourtant superieur e celui de la mer. Une grande consommation ameliorait la qualite de l’eau ordinairement rendue tres mauvaise par la dissolution des terrains.

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Sunday, February 6th 2011, 5:30pm

Dobrogea, 1855 - viewed by Camille Allard, part #4

Quoted from "Bulgarie..."

Nous faisions usage de l`eau d`une source excellente, situee a 4 ou 5 kilometres do Kustendje, sur les rives du lac de Kutchuk-gueul, et dont les Romains nous paraissent avoir conduit les eaux a la ville, par des canaux dont les ruines peuveut se voir encore en certains points. Nous ne connaissons ailleurs de tres-bonne eau qu’a Asandje et a Kara·Keui. Dans ce dernier village surtout un puits, placé tout pres de six autres puits tres-mauvais, donne la meilleure eau que nous ayons bue en Orient.

L’un des puits d`Ivernetz, creusé par ia mission, a une saveur passable, mais a toujours présenté une couleur noire tres prononcée, qui nous paraissait due a l`action d’une certaine quantité d'oxyde de fer contenue dans l‘eau sur le revetement intérieur du puits, forme, comme partout en Valachie, d’épaisses planchettes de bois de chéne.

Le Deli-Ourman et le territoire de Babadag ne présentent pas la meme absence d’eau; on y trouve des sources excellentes et nombreuses. Nous nous sommes un peu trop longuement étendu ici sur cette question des eaux. Mais nous desirous a nos lecteurs de ne jamais souffrir de la soif au milieu d`un desert, et s’ils devaient un jour traverser la Dobrodja, nous serions heureux d’avoir pu leur fournir un renseignement utile. Nous voudrions surtout étre utile aux futurs apotres de cette region. Puissent-ils ne pas nous oublier alors, et nous payer de ce labeur en pensant a nous devant Dieu !

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1855, Allard, Dobrogea

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